C’est quoi une espèce exotique envahissante?

Une espèce exotique envahissante (EEE) est un végétal, un animal ou un micro-organisme (virus, bactérie ou champignon) introduite ailleurs que dans son aire de répartition naturelle, qui colonise de nouveaux sites ou de nouvelles régions à un rythme rapide et qui peut former des populations dominantes. La plupart des EEE sont introduites dans l’environnement par des activités humaines telles que la navigation, l’horticulture, le commerce ou le transport.

Quels sont leurs impacts ?

L’introduction et la propagation d’espèces exotiques envahissantes peuvent avoir des impacts majeurs sur l’environnement, l’économie ou la société, y compris la santé humaine. Féroces compétitrices, les EEE ont des capacités d’adaptation, de reproduction et de dispersion remarquable leur permettant de supplanter la croissance des espèces indigènes et de les éliminer en les remplaçant. Elles représentent l’une des principales causes de perte de biodiversité dans le monde, avec la destruction des habitats naturels, la pollution, l’exploitation et les changements climatiques. De plus, le contrôle et la gestion des EEE sont souvent difficiles et couteux.

Les espèces floristiques exotiques envahissantes

Depuis le début de la colonisation européenne, de nombreuses plantes ont été introduites sur le territoire québécois que ce soit de façon intentionnelle ou accidentelle, si bien qu’aujourd’hui, près du tiers de la flore québécoise est exotique. Parmi ces plantes exotiques, celles qui ont la capacité de se propager agressivement peuvent devenir envahissantes dans certains milieux et nuire à la biodiversité locale et à la santé des écosystèmes.

Si vous croyez être en présence d’une EEE, photographiez et signalez cette espèce en indiquant sa localisation dans Sentinelle, un outil de détection des EEE du Ministère de l’environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). Vous contribuerez ainsi à augmenter les connaissances sur la répartition des EEE au Québec et vos observations seront ensuite validées puis approuvées par des professionnels.

Sur le territoire de la ville de Mercier, les quatre espèces floristiques exotiques envahissantes suivantes sont susceptibles d’être retrouvées :

Berce du Caucase

Comment reconnaître la Berce du Caucase?

La berce du Caucase est une grande herbacée pouvant atteindre de 2 à 5 mètres de hauteur. Ses feuilles sont découpées, dentées et pointues, pouvant atteindre 1,5 mètre de largeur et 3 mètres de longueur. Ses fleurs sont blanches et forment un ensemble arrondi appelé ombelle en forme de parapluie inversé dont le diamètre est de 20 à 50 centimètres de diamètre. Sa tige est robuste, creuse et porte des poils blancs rudes et épars en plus de nombreuses taches variant de rouge framboise à violet. Cette plante croît dans les milieux frais et humides tels que le long des berges et des fossés, ou encore le long des routes et des terrains vagues.

Il est important de bien identifier la berce du Caucase afin de ne pas la confondre avec une espèce indigène du Québec, la berce laineuse (ou grande berce), qui lui ressemble beaucoup, mais qui n’est pas envahissante et ne pose pas de risque pour l’environnement ni la santé.

Pourquoi s’en méfier?

Le contact de la peau avec la sève incolore et inodore de la berce du Caucase est indolore, mais les toxines qu’elle contient peuvent causer des dermatites jusqu’à 48 heures après l’exposition. Combiné à une exposition à la lumière, les substances toxiques contenues dans la sève sont activées par les rayons UV, peuvent créer une inflammation de la peau et entrainer des lésions similaires à des brûlures (rougeur, enflure, cloque, brûlures au 1er ou 2e degré).

Pour connaître les mesures à prendre si votre peau est en contact avec la sève de cette plante, consultez la section Traitements de la page du Gouvernement du Québec.

Comment éliminer la berce du Caucase?

Si cette plante est présente sur votre terrain, avant toute manipulation, couvrez toutes les parties de votre corps avec des vêtements imperméables. N’oubliez pas de bien protéger vos poignets, vos chevilles, votre cou, vos yeux et votre visage.

L’excavation de jeunes plants peut être effectuée avec une pelle en sectionnant la racine à une profondeur d’environ 20 cm sous la surface du sol, dès le début du printemps. L’exercice devra être répété toutes les 2 semaines afin d’épuiser la plante. Un rotoculteur peut également être utilisé pour éliminer les petits plants qui poussent en forte densité.

Enfin, il est recommandé de recouvrir la portion de terrain avec une toile géotextile après avoir éliminé les plantes afin de limiter les repousses potentielles.

Une fois la manipulation terminée, enlevez vos vêtements en les retournant à l’envers et mettez-les directement dans la machine à laver. Lavez également vos outils, vos mains et votre visage correctement.

Pour éviter un nouvel envahissement, vous pouvez planter des plantes indigènes qui poussent rapidement et feront de la compétition à la berce du Caucase.

Important : Avant de se débarrasser des plants coupés, il faut les sécher en plaçant les résidus dans un sac de plastique robuste et hermétique exposé au soleil pendant au moins une semaine. Ensuite, vous devez les jeter dans votre bac à ordure et non au compost.

La renouée du Japon

Comment reconnaître la renouée du Japon?

La renouée du Japon est une vivace qui mesure entre 1 à 3 mètres. Ses feuilles sont ovales à triangulaires et leur extrémité est pointue. Ses fleurs sont de couleur blanc crème et réunies en petites grappes au bout de la tige. Sa tige est creuse, lisse et noueuse, ressemblant à du bambou. Un plant de renouée du Japon est souvent formé de plusieurs tiges, de couleur verte à rougeâtre, et qui émergent d’une même masse compacte. La renouée se reproduit de manière végétative, ce qui signifie qu’elle produit des clones à partir de tiges souterraines appelées rhizomes. Ses rhizomes peuvent se rendre jusqu’à 2 mètres de profondeur et s’étendre horizontalement sur 7 mètres.

Elle se trouve généralement sur le bord des plans d’eau, au niveau des milieux humides, des fossés, le long des routes et des milieux perturbés mais peut également être observée en milieu urbain.

Pourquoi s’en méfier?

La renouée du Japon n’a pas d’impact sur la santé humaine, mais elle est nocive pour l’environnement. Elle forme des regroupements de plants denses qui étouffent les plantes indigènes, diminuant alors la biodiversité des écosystèmes. Par ailleurs, elle n’a aucun ennemi naturel, ce qui facilite son implantation et sa survie.

De plus, ses racines sont capables de s’infiltrer à travers le béton et l’asphalte, brisant les fondations des maisons et les entrées de cour.

Comment éliminer la renouée du Japon?

La renouée du Japon est particulièrement difficile à éliminer et se fait sur plusieurs années. L’idéal est de commencer la lutte dès l’apparition de nouvelles colonies.

L’excavation d’une colonie et de son réseau de rhizomes peut être effectuée à l’aide d’une pelle mécanique. Bien exécutée, cette technique permet d’éliminer une colonie. Il faut toutefois gérer adéquatement le matériel excavé puisque chaque petit fragment d’un centimètre peut donner naissance à un nouveau plant.

L’arrachage des tiges avec extraction des rhizomes situés en surface, lorsqu’effectué à répétition pendant plusieurs années, peut permettre de diminuer la taille d’une colonie.

La technique du bâchage, qui consiste à étendre une toile opaque à la surface du sol pour empêcher la croissance de la plante, peut réduire l’envergure d’une colonie, mais il faut y mettre du temps et l’éradication n’est pas garantie.

Important : avant de se débarrasser des plants coupés, il faut les sécher en plaçant les résidus dans un sac de plastique robuste et hermétique exposé au soleil pendant au moins une semaine. Ensuite, vous devez les jeter dans votre bac à ordure et non au compost.

Le roseau commun ou phragmite

Comment reconnaître le roseau commun?

Le roseau commun mesure généralement entre 1,5 et 2,5 mètres de hauteur. Ses feuilles sont planes et de couleur vert-gris, alors que ses fleurs sont dorées ou pourpres et deviennent grisâtre à partir de l’automne. Les fleurs forment des panicules ressemblant à un plumeau touffu et volumineux. Sa tige est rigide, rugueuse et de couleur gris-vert, jaune pâle ou beige. Le roseau commun se reproduit de manière végétative, ce qui signifie qu’il produit des clones à partir de tiges souterraines appelées rhizomes qui permettent à la colonie de s’étendre. Il produit également des tiges rampantes, appelées stolons, sur le sol ou à la surface de l’eau. Ces stolons peuvent s’allonger sur plusieurs mètres.

Le roseau commun a besoin d’une bonne luminosité pour pousser et préfère les endroits humides. Ainsi, on le retrouve sur le long des cours d’eau, des lacs, des marais, des prairies humides et le long des fossés et des routes.

Pourquoi s’en méfier?

En formant des colonies denses, le roseau commun compétitionne et étouffe les autres espèces végétales, diminuant ainsi la biodiversité des écosystèmes. De plus, cette espèce a la capacité de changer son milieu environnant en modifiant la structure du sol et l’hydrologie du site, ce qui impacte aussi la diversité animale du territoire.

Comment éliminer le roseau commun?

Le roseau commun est très difficile à éliminer, la meilleure des solutions reste toujours la prévention.

L’extraction des plants et des rhizomes peut être fait en creusant avec une pelle ou à l’aide de machinerie.

Une solution alternative est de couper les tiges aux 2-3 semaines durant l’été et d’installer une bâche d’occultation pour empêcher la croissance de la plante et ainsi entrainer sa mort. Voici quelques recommandations pour l’utilisation de la technique du bâchage provenant du MELCCFP :

  • Utilisez une toile de qualité (géomembrane ou géotextile);
  • Fauchez ou rabattez les plants au sol;
  • Déposez les toiles de façon à couvrir l’ensemble de la colonie;
  • Considérez une zone tampon de 1 à 2 mètres à couvrir en périphérie de la colonie et dans la superposition des bâches;
  • Déposez des poids, comme des sacs de terre, afin de maintenir les toiles en place;
  • Inspectez régulièrement les toiles pour les réparer au besoin et pour retirer les tiges en périphérie;
  • Maintenez les toiles en place au moins 2 ans;
  • Retirez les toiles et restaurez le site en plantant des arbustes à croissance rapide (aulnes, cornouillers, saules).

Le nerprun bourdaine et nerprun cathartique

Comment reconnaître le nerprun bourdaine et nerprun cathartique?

Le nerprun est un petit arbuste à croissance rapide pouvant atteindre de 2 à 8 mètres de hauteur. Les feuilles du nerprun bourdaine sont de couleur vert pâle, lustrées, de forme elliptique et pointue au bout. Ses fleurs sont blanches ou vertes, et se forment en grappes à l’aisselle des feuilles. L’écorce du tronc est brune avec de petites taches blanches. Les feuilles du nerprun cathartique sont quant à elles de couleur vert foncé, de forme ovale et sont dentelées. Ses fleurs sont vertes ou jaunes. L’écorce du tronc est brun-gris et la plupart des branches se terminent par une épine courte et acérée.

Les deux variétés de nerprun produisent de petits fruits, variant du vert, au rouge, au violet-noir selon ses stades de maturité. D’ailleurs, le nerprun peut se propager sur une vaste superficie grâce aux oiseaux et aux animaux qui mangent ses fruits, transportent les graines sur de longues distances et les déposent ailleurs par l’entremise de leurs déjections.

De façon générale, on retrouve les nerpruns bourdaine et cathartique le long des routes, sur le bord des cours d’eau, dans les boisés et les terres en friches.

Pourquoi s’en méfier?

Les deux espèces sont très envahissantes du fait qu’elles possèdent une excellente capacité de reproduction, en plus de leur capacité à s’implanter dans une grande variété de milieux naturels. Les plants de nerprun portent atteinte aux écosystèmes où ils s’implantent puisqu’ils envahissent et étouffent les espèces indigènes présentes.

Comment éliminer le nerprun bourdaine et nerprun cathartique?

L’arrachage manuel des jeunes plants et de leur système racinaire peut se faire à l’aide d’une pelle.

Pour les plants adultes, il est nécessaire de couper les plants près du sol et de couvrir les souches d’un plastique foncé ou d’un géotextile robuste. Les souches ont tendance à former des tiges et c’est pourquoi il faut les recouvrir et s’assurer de recouper les jeunes tiges au besoin afin d’épuiser les ressources des racines.

Important : avant de se débarrasser des plants coupés, il faut les sécher en plaçant les résidus dans un sac de plastique robuste et hermétique exposé au soleil pendant au moins une semaine. Ensuite, vous devez les jeter dans votre bac à ordure et non au compost. Attention de ne pas disperser les fruits.

Sources :

https://www.environnement.gouv.qc.ca/biodiversite/especes-exotiques-envahissantes/index.asp

https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/indicateurs-environnementaux/especes-exotiques-envahissantes.html

https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/brulures-causees-par-la-berce-du-caucase#c2574

https://grame.org/blogue/les-plantes-envahissantes-les-connaitre-pour-mieux-sen-debarrasser/